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 Contes bretons & celtiques

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Abraxas
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Abraxas
   Posté le 04-08-2006 à 14:44:37   Voir le profil de Abraxas (Offline)   Répondre à ce message   http://abrasax.chez.tiscali.fr   Envoyer un message privé à Abraxas   

Bonjour,

Quand j’étais petit j’adorais les contes et légendes, ma grand-mère avait tout une collection de contes et légendes en livres sur les différentes régions de france. Un de mes livres favoris était celui des légendes bretonnes, un autre était celui sur les conte et légendes de la mythologie grec & romaine. Bref une des histoires qui m’avait le plus marqué est celle de l’Ankou et celle des deux bossus, je n’ai pas retrouvé l’histoire complète tel que je m’en souviens mais j’ai retrouvé quand même des textes s’en inspirant…

L'HISTOIRE DU FORGERON

Citation :


Fanch ar Floch était forgeron à Ploumilliau. Une certaine veille de Noël, il dit à sa femme après souper:
-Il faudra que tu ailles seule à la messe de minuit avec les enfants : j'ai encore une paire de roues à ferrer que j'ai promis de livrer demain matin sans faute, et, lorsque j'aurai fini mon travail, c'est de mon lit que j'aurai surtout besoin.
A quoi sa femme répondit:
-Tache au moins que la cloche de l'élévation ne te trouve pas encore travaillant.
-Oh ! fit-il, à ce moment là, j'aurai déjà la tête sur l'oreiller.
Le temps était clair et piquant quand il retourna à son enclume.
-Nous prierons pour toi, dit la femme, mais souvient toi de ton coté de ne pas dépasser l'heure sainte.
-Non, non, tu peux être tranquille.
Il se mit à battre le fer mais le temps s'use vite quand on besogne ferme. Fanch ar Floch ne l'entendit pas s'écouler et le bruit de son marteau sur l'enclume l'empêcha d'entendre la sonnerie lointaine du carillon des cloches de Noël. L'heure de l'élévation était passée quand tout à coup, la porte grinça sur ses gongs.
-Salut ! dit une voie stridente.
-Salut ! répondit Fanch.
Il dévisagea le visiteur : c'était un homme de haute taille, le dos un peu voûté, habillé à la mode ancienne, avec une veste à longues basques et des braies nouées au dessus du genou.Un chapeau à larges bords rabattus empêchait de voir ses traits.Il reprit:
-J'ai vu de la lumière chez vous et je suis entré, car j'ai un besoin pressant de vos services.
-Sapristi ! dit Fanch, vous tomber bien mal, j'ai encore à ferrer cette roue et je ne veux pas, en bon chrétien, que la cloche de l'élévation me surprenne au travail.
-Oh ! dit l'homme, avec un ricanement étrange, il y a plus d'un quart d'heure que la cloche de l'élévation a tinté.
-Ce n'est pas Dieu possible ! s'écria le forgeron en laissant tomber son marteau.
-Si fait ! repartit l'inconnu...ainsi que vous travailliez un peu plus, un peu moins ! ...Ce n'est pas ce que j'ai à vous demander qui vous retardera beaucoup: il ne s'agit que d'un clou à river.
En parlant de la sorte, il exhiba une large faux dont il avait caché le fer derrière ses épaules.
Voyez continua t il, elle branle un peu : vous aurez vite fait de la consolider.
Mon Dieu, oui ! Si ce n'est que cela, je veux bien.
L'homme s'exprimait d'une voix impérieuse qui ne souffrait aucun refus. Il posa le fer de la faux sur l'enclume.
-Eh, mais il est emmanché à rebours, votre outil ! observa le forgeron. Le tranchant est en dehors ! Quel est le maladroit qui vous a fait ce bel ouvrage ?
-Ne vous inquiétez pas de cela, dit sévèrement l'homme. Il y a faux et faux. Contentez vous de bien la fixer.
-A votre gré, marmonna Fanch ar Floch, à qui le ton du personnage ne plaisait pas.En un tour de main, il eu rivé un autre clou à la place de celui qui manquait.
-Maintenant, je dois vous payer, dit l'homme.
-Oh, ça ne vaut pas qu'on en parle.
-Si, tout travail mérite salaire. Je ne vous donnerai pas d'argent, Fanch ar Floch, mais quelque chose qui a plus de prix que l'argent et l'or : un bon avertissement. Allez vous coucher, pensez à votre fin et, quand votre femme rentrera, commandez lui de retourner au bourg vous chercher un prêtre. Le travail que vous venez de faire pour moi est le dernier que vous ferez de votre vie. Kénavo ! ( au revoir. )
L'homme à la faux disparut. Déjà Fanch ar Floch sentait ses jambes se dérober sous lui : il n'eut que la force de regagner son lit ou sa femme le trouva suant les angoisses de la mort.
-Retourne au bourg et va me chercher un prêtre, lui dit-il. Au champs du coq, il rendit l'âme, après avoir forgé la faux de l'Ankou.


Source:http://legendesbretonnes.free.fr/accueil.html


LE CHAR DE LA MORT

Citation :

C'était un soir, en juin, dans le temps qu'on laisse les chevaux dehors toute la nuit.
Un jeune homme de Trézélan était allé conduire les siens aux prés. Comme il s'en revenait en sifflant, dans la claire nuit, car il y avait grande lune, il entendit venir à l'encontre de lui, par le chemin, une charrette dont l'essieu mal graissé faisait: Wik ! wik !
Il ne douta pas que ce fût karriguel ann Ankou (la charrette de la mort).
- A la bonne heure, se dit-il, je vais donc voir enfin de mes propres yeux cette charrette dont on parle tant !
Et il escalada le fossé où il se cacha dans une touffe de noisetiers. De là, il pouvait voir sans être vu. La charrette approchait.
Elle était traînée par trois chevaux blancs attelés en flèche. Deux hommes l'accompagnaient, tous deux vêtus de noir et coiffés de feutres aux larges bords. L'un d'eux conduisait par la bride le cheval de tête, l'autre se tenait debout l'avant du char.
Comme le char arrivait en face de la touffe de noisetiers où se dissimulait le jeune homme, l'essieu ut un craquement sec.
- Arrête ! dit l'homme de la voiture à celui qui menait les chevaux.
Celui-ci cria: Ho ! et tout l'équipage fit halte.
- La cheville de l'essieu vient de casser, reprit l'Ankou. Va couper de quoi en faire une neuve à la touffe de noisetier que voici.
- Je suis perdu ! pensa le jeune homme qui déplorait bien fort en ce moment son indiscrète curiosité.
Il n'en fut cependant pas puni sur-le-champ. Le charretier coupa une branche, la tailla, l'introduisit dans l'essieu, et, cela fait, les chevaux se remirent en marche.
le jeune homme put rentrer chez lui sain et sauf, mais, vers le matin, une fièvre inconnue le prit, et le jour suivant, on l'enterrait


Source: http://www.chez.com/brunojls/Breizhonet/Bretagne/legendes/legendes.htm

Le petit peuple

Citation :

Un jour, un jeune homme se promène dans la forêt quand tout à coup, apparait devant lui un minuscule personnage.
- Dis-moi, est-ce que je te fais peur ? lance le petit être.
- Mais non, répond le jeune homme en ricanant, j'peux pas avoir peur, t'es tout p'tit !
Alors le génie grandit, grandit, grandit !
- Et maintenant, j'te fais peur ? enchaîne le génie.
- Ben t'es p't être plus grand, mais qu'est-ce que t'es moche ! s'esclaffe notre ami de plus belle. Véxé, le génie enchaîne :
- Et bien dis-moi donc ce qui te ferait peur !
- Ben, si tu pouvais faire quelque chose d'extaordinnaire, comme rentrer dans cette noisette, ça m'effraierait peut-être peur !
Voilà notre génie qui se transforme en courant d'air et rentre dans la noisette ! Zip !
Mais soudain le jeune homme, plutôt malin, saisit une brindille et bouche la noisette, emprisonnant le génie. Il décide d'apporter son prisonnier au forgeron.
- Dis, forgeron, tu pourrais me casser ma noisette ?
Le forgeron frappe avec un marteau, frappe avec un masse, frappe et frappe si fort que la noisette éclate en milles morceaux qui retombent sur la Terre. Une pluie de petits génies tombe doucement. Ainsi naît le "petit peuple".



LES DEUX BOSSUS

Citation :

Savez-vous qui sont les korrigans? Ce sont les cousins bretons des trolls que vous connaissez bien. Les korrigans aiment beaucoup les paysages de landes où poussent la bruyère et les ajoncs.
Et c'est justement dans un paysage de landes que vivaient deux bossus. Ils étaient tailleurs tous les deux dans un petit village de Bretagne. Ils s’appelaient Corentin et Gildas.

Un soir Corentin va rendre visite à un ami dans un autre village. Il passe une bonne soirée et quand il rentre chez lui, il est très tard. Il décide alors de passer par la lande parce que c'est plus court. Et que voit-il brusquement là, à la clarté de la lune? des korrigans.

Corentin a entendu parler des korrigans, mais il ne les a jamais vus. Alors il regarde, regarde. Et le spectacle est fantastique : les korrigans chantent et dansent autour d'un arbre. Ils ne dansent pas le rock ni la samba, non. Ils font une ronde. Ils tournent et tournent de plus en plus vite.

Les korrigans voient Corentin. D'abord il a peur, mais les korrigans sont très aimables avec lui, et l'invitent à chanter et à danser avec eux. Et Corentin chante et danse avec les korrigans, encore et toujours sur le même rythme. La chanson est simple, trois mots seulement qu'ils répètent sans fin: lundi, mardi, mercredi... lundi, mardi, mercredi... lundi, mardi, mercredi...

C'est un peu ennuyeux à la longue. Alors Corentin prend une initiative. Il décide de compléter la chanson. Et il y ajoute jeudi et vendredi. Les korrigans sont très contents. Quelle bonne idée! La chanson est bien mieux comme ça.

Et tout le monde chante et tout le monde danse: lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi... lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi...

Corentin est fatigué maintenant. Il veut rentrer chez lui. Les korrigans sont si heureux qu'ils veulent lui donner quelque chose. Veux-tu être riche? Veux-tu de l'argent? Veux-tu de l'or? demandent-ils à Corentin.

Corentin refuse l'or et l'argent. Non, non, il ne veut pas de richesses. Tout ce qu'il demande c'est de ne plus avoir sa bosse car tout le monde se moque de lui. Et puis ce n'est pas pratique pour marcher. Avec cette bosse la vie est vraiment très difficile pour Corentin.

Pas de problème! disent les korrigans. Et hop, hop, hop! Plus de bosse. Corentin n'a plus de bosse. C'est merveilleux! Tout heureux il retourne au village. Il se tient droit. Il marche droit, vite et bien. Quel bonheur!

Le lendemain il rencontre Gildas, l'autre tailleur bossu. Il est bien étonné, Gildas, de voir Corentin si beau. Que s'est-il passé? Quel est donc le secret de Corentin? Gildas veut savoir ce secret, alors Corentin lui raconte son aventure.

Gildas aime l'or et l'argent. Il veut devenir riche, très riche. Alors ce soir-là il va sur la lande pour rencontrer les korrigans.
Les korrigans sont là. Ils dansent autour du même arbre et ils chantent la même chanson: lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi... lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi... Et ils invitent Gildas à entrer dans la danse. Et Gildas danse et chante lui aussi.

Après quelque temps il complète la chanson avec ”samedi et dimanche”. Alors les korrigans ne sont pas contents du tout. Ils n'aiment pas cette initiative.

Pourquoi? Eh bien, parce qu'ils aiment les chansons qui riment et dimanche ne rime pas avec les autres jours. La chanson comme ça ne leur plaît pas du tout. Mais comme ils sont polis ils ne disent rien. Seulement maintenant ils ne dansent plus, ils ne chantent plus.

Ils demandent pourtant à Gildas ce qu'il veut. Très vite Gildas demande ”ce que Corentin n'a pas voulu.” Il pense bien sûr aux richesses que Corentin a refusées.

Les korrigans acceptent. ”Très bien, Gildas, tu vas avoir ce que Corentin n'a pas voulu.”

C'est ainsi que cette nuit-là Gildas est retourné au village avec deux bosses : sa bosse à lui et celle de Corentin.


Source:www.ur.se/sprak/franska/pdfdocs/franska_ht97/bossus.pdf

Voilà si vous ne connaissez d’autres n’hésitez pas…

Grüß

Abra

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Carita bene ordonata incipit a se met ipso
TELOCVOVIM
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TELOCVOVIM
   Posté le 07-11-2006 à 19:55:16   Voir le profil de TELOCVOVIM (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à TELOCVOVIM   

Deizh mat.

Voila, une "légende" bretonne.

"Is, la ville engloutie :

Citation :


Pour le pèlerin qui vient d’accomplir une partie du trajet en partant de Lyon, l’itinéraire luciférien commence véritablement aux approches d’Is, au cœur des monts d’Arrée. Là s’étend le « Yeum Ellez », le marais des enfers, avec le « Youdig », l’entrée directe du monde souterrain où le disciple assez hardi recevra l’initiation des mains même de la princesse Ahès et du « Prince rouge », maîtres de la ville engloutie.

La légende raconte l’histoire de Ker-Is, l’ancienne capitale du paganisme, où régnait Ahès (ou Dahut), grande prêtresse de Lucifer, dernier défenseur de l’ancienne religion du dieu cornu face à l’envahisseur chrétien.

Dans cette cité dorée, Ahès présidait d’étranges sabbats dans des salles splendides où brillaient les richesses sacrées. Jusqu’au jour de sa rencontre avec le « Prince rouge », l’envoyé de Lucifer, « ou Lucifer lui-même », dit la tradition. Le dernier rite présidé par le nouveau couple provoqua la disparition d’Is, ainsi préservée à tout jamais de l’invasion chrétienne en Bretagne. (Ahès fut décrite dans les légendes chrétiennes comme « une démone perverse »; elle était en fait une authentique prêtresse.)

On dit aujourd’hui, dans les cercles lucifériens, que pendant le voyage du pèlerin traversant les monts d’Arrée, la mort se montre à chaque instant. Il n’est pas rare, dit la tradition, de rencontrer au hasard du chemin les « lavandières de la nuit » lavant les suaires des morts dans les lavoirs des vivants.

A proximité de Huelgoat, en descendant la « rivière d’argent », qui coule au sud du camp d’Artus (ancienne fortification gauloise), jusqu’au « saut du gouffre », l’adepte accédait enfin à l’emplacement du « Kastel er Gibel. Jadis ce château, construit au bord du précipice appartenait à Ahès, fille de Gradlon et princesse d’Is. On dit que lorsque Ahès se trouvait à Is, un cavalier noir emportait les cadavres de ses amants d’une nuit sacrifiés au cours du rituel, gagnait Huelgoat au grand galop et confiait au gouffre les cadavres vidés de leur sang.

Enfin arrivé au bord des eaux, contemplant la mer immobile, l’adepte se souvient de la ville engloutie. Il sait que l’eau est VIVANTE, qu’elle peut parler, qu’il possède le pouvoir des descendre sur le rivage, d’entrer dans l’eau, de nager, de se perdre dans cette conscience liquide qui se souvient. La nage devient alors une nouvelle méditation.

C’est comme un cœur qui bat en lui, hors de lui, dans le mouvement répété des vagues, le cœur d’une fabuleuse mémoire, un rythme éternel qui le relie à la nuit des temps. Plus tard, endormi sur la plage, un rêve lui revient, ou plutôt un déplacement astral, ce qui revient au même : des moments anciens, les fragments d’une fresque oubliée… Is, telle qu’elle fut avant la catastrophe…
Ker-Is, raconte la mer, avait pour roi Gradlon, rallié au christianisme alors victorieux. Sa fille ahès vivait en parfaite harmonie avec les anciens cultes appelés « satanisme » par les chrétiens, malgré les avertissements de saint Gwénolé qui évangélisait la Bretagne.

Une nuit, une divinité païenne, sous les traits d’un prêtre vêtu de rouge (mais n’était-ce pas Lucifer lui-même?) apparut à la princesse Ahès. Le seul moyen de préserver les secrets de la cité des approches du christianisme c’était sa destruction. Le prêtre appelé le « Prince rouge » et Ahès se livrèrent à des rites terrifiants qui provoquèrent la destruction d’Is engloutie par les flots.
Gradlon échappa au désastre et pu gagner l’actuel Douarnez. « Là où se trouvait Is et ses dix portes, il ne vit plus que la mer… Sous le feu du soleil du matin, il vit à travers ses larmes resplendir le Ru-Men-Goulou; c’est-à-dire la « rouge pierre de la lumière »… » Lug, dieu du feu, victorieux au delà du cataclysme puisqu’il préservait à tout jamais les secrets d’Is.

Is est aussi une porte temporelle : la nuit de Noël ou la nuit de la Saint Jean, les deux fêtes solsticiales du paganisme, lorsque sonnent les douze coups de minuit, la mer s’ouvre et le château de la princesse Ahès se montre aux hommes assez hardis pour aller sur la grève.

Ainsi dit la tradition, lorsque le jour du retour sera venu, le premier qui apercevra la flèche du château ou qui entendra le son des cloches deviendra roi de la ville.

Certaines sectes lucifériennes ont tenté l’expérience du passage, au cours des deux nuits du solstice, sur la plage de Douarnenez. Mais le secret de ces pratiques reste bien gardé.

Nombreuses sont les prophéties qui annoncent le retour de la ville engloutie « le jour où Paris sera noyé ». « Un jour viendra où la vieille cité bretonne reparaîtra au jour dans son antique splendeur. Cela doit advenir, selon la prophétie locale, lorsque Paris, qui n’est pamais que l’égal d’Is (Par Is : pareil à Is) sera détruit à son tour par un cataclysme :

Pa vo beuzet Paris
Ech dsavo Ker Is

Quand Paris sera noyé
Resurgira la ville d’Is"

Tiré du livre Les sectes lucifériennes aujoud'hui de J.p bourre, aux éditions Belfond, 1978.


Kenavo.

Message édité le 31-07-2007 à 06:12:58 par TELOCVOVIM
Abraxas
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Abraxas
   Posté le 13-04-2007 à 15:48:33   Voir le profil de Abraxas (Offline)   Répondre à ce message   http://abrasax.chez.tiscali.fr   Envoyer un message privé à Abraxas   

Bonjour

Voici un petit conte initiatique celtique, trouvé suite à un post sur le chaudron magique sur le forum de l’Association paienne francophone

Le Chaudron Initiatique

Citation :



"Je m’appelle Taliesin et suis poète. Je connais le pouvoir des mots, la force d’une syllabe placée au bon endroit, l’agencement des paroles dans un ordre propice qui fait jaillir, irréfutable, la vérité… Il y a longtemps, avant tout cela, je portais un autre nom : Gwion. J’étais domestique chez la Vieille, aucune tâche n’était trop vile ni trop immonde pour moi : c’était Gwion qui lavait Afagddu l’imbécile, le fils demeuré de la Vieille ; c’était Gwion qui touillait les potions sur le feu, quand elle mijotait quelque mauvais tour en vue de porter le malheur sur la terre des hommes. A l’époque j’étais convaincu que tous les maux du monde sortaient de ce chaudron ; mais je sais aujourd’hui que seule la vérité se trouve dans sa froide panse, une vérité qui, acceptable ou pas, est toujours terrible à découvrir. Elle n’est pas bonne ou mauvaise en soi : elle est là, tout simplement, sans passion, lisse et calme comme une vitre ou un étang tranquille entre les arbres blancs…

Un beau jour, la Vieille entra dans la hutte où elle enfermait quelques cochons faméliques, sa marmite et moi ; elle me gifla à la volée et m’ordonna de faire le feu pour chauffer la marmite en vue d’un nouveau travail qu’elle avait l’intention de commencer presque sur le champ :

« Alors, ne perds pas de temps, gamin, ou bien je vais te faire voir ta récompense. »

Ce genre d’élan de tendresse, je m’y étais habitué et j’avais appris à en tenir compte : c’était un avertissement. Je hissai donc comme je le pus l’énorme récipient noir sur son trépied et me mis en devoir de faire du feu. Puis j’emplis le chaudron d’eau comme on me l’avait appris avant de retourner me tapir dans un coin de la cabane, jusqu’à ce que l’on ait de nouveau besoin de moi.

La Vieille mit cinq jours à réunir les ingrédients de cette nouvelle préparation. Quand elle s’écartait, il fallait que je continue à faire bouillir le mélange à petits bouillons. Au bout de neuf jours, le contenu de la marmite était une sorte de soupe visqueuse et nauséabonde ; la Vieille repartit en m’ordonnant formellement de ne pas laisser son mélange bouillir ni d’y toucher de quelque manière que ce soit :

« Ou tu le regretteras amèrement ! »

Pourquoi diable aurais-je été tenté de tripoter cette horreur ? Mystère ! je n’avais d’ailleurs nulle intention de désobéir, car j’avais déjà subi le poids de sa colère : ses jolies petites mains blanches étaient capables, je le savais, d’infliger les pires supplices que l’on pût attendre d’un être humain… Pourtant, je chargeai sans doute trop de petit bois sous le chaudron : brusquement il se mit à faire de grosses bulles ; comme j’approchai pour baiser le feu, plusieurs bulles éclatèrent et quelques gouttes –trois, je crois- m’éclaboussèrent la main.

La mixture était brûlante, je jappai de douleur et mis la main à la bouche pour la sucer. Tout de suite ma tête se mit à tourner et je dégringolai dans un espace sombre et rugissant où les bruits et les sensations étaient trop forts pour moi. C’est ainsi que moi, Gwion, je me perdis et ne revins jamais. Ce que j’ai vu là-bas, c’est cela qu’il me faut raconter, car ce breuvage avait des vertus initiatiques : elle l’avait concocté pour son monstre de fils ; et quand je goûtais son goût de fiel noir, je vis toutes les maladies et tout le gâchis du monde, et le lent poison qui dévore l’âme de l’humanité. Là bas j’entrevis aussi l’aube de l’espérance, l’annonce de la présence de celui dont la présence changera le monde pour toujours –oui, jusqu’à la fin du monde- bien que je ne sache rien de tout cela, ni à l’époque, ni longtemps après.

Sensations de douleur, de peur, d’horreur. Une peut telle qu’elle glace comme une brume : elle enveloppe de façon informe et nébuleuse, mais fait aussi mal que la douleur de la naissance ou de la mort. La douleur m’entraîna au fond de l’abîme insondable où rien ne voulait plus dire quoi que ce soit, où ce qui faisait de moi Gwion était laissé loin dans le passé. Horreur de l’abîme, du vide, terreur négative qui sonne le glas de la vie, de l’espérance, de toute croyance.
Puis, la lumière. Un pinceau si perçant que, si l’on levait simplement les yeux sans précaution, on perdait la vue. Je n’étais guère averti, mais j’eus le bon sens de détourner le regard pour en observer le reflet : je ne pouvais supporter davantage que la moitié de la lumière, que la moitié de la vérité.

Des visages coulèrent vers moi, ils ruisselaient de lumière. Certains étaient avenants, d’autres renfrognés. Je n’en connaissais aucun . Je vis toutes sortes d’hommes : les uns torturés, les autres transformés, certains pleurant à chaudes larmes et d’autres riant à la vie. Je vis des femmes à la beauté mystérieuse : rien qu’à les voir, j’avais peur de ma propre âme et j’essayai de regarder ailleurs.

Puis j’entendis les voix, les appels, les cris et les hurlements. J’entendis le fracas de la bataille, de l’amour, de la naissance et de la mor,t, du supplice et du plaisir, de la joie et de la peur. Je fermai mes paupières brûlées, j’essayai d’obturer mes oreilles, mais aucune défense n’était étanche : ce ne fut qu’en m’ouvrant à tout que je parvins à tout supporter. Je m’abandonnai à ce monde de tintamarre, de lumière et de mouvement, à toutes ces sensations : elles me firent accéder à une dimension du savoir qui me rendait conscient à un point presque insupportable.
Et ce fut ainsi mais un moment seulement. Le temps d’un clin d’œil, tout le savoir et toute la connaissance furent miens. Au moment où j’accédai à cet empire de possibilités infinies, je sus que la Vieille savait que j’y arrivais : quelque chose l’avait avertie de ce qui m’était advenu. En effet je partageai désormais une part de sa connaissance, une part de sa vie.
Elle était à ma poursuite.

Je m’enfuis dans un paysage sans âge ; dans ma course je franchis des collines, des fleuves et des forêts qui s’écoulaient autour de moi comme s’ils n’avaient pas de substance : je les franchis en pataugeant. Sans arrêt, je savais la présence de la Vieille qui volait comme une ombre à la surface de la terre, de plus en plus près.

Pour hâter ma fuite, j’enfilai les gants et les oreilles du lièvre. Mais, je le savais, elle était toujours sur mes traces : elle avait opté pour la langue et les dents du lévrier, qui courait aussi vite que moi. Je revêtis donc les nageoires et la queue de l’otarie, et m’enfonçai à toute allure dans un monde aquatique, les poissons stupéfaits s’écartaient de chaque côté de ma tête. Mais la Vieille, sous la forme du lévrier, suivait ma traversée à l’odorat et se rapprochait encore ; je dus changer pour les ailes de l’oiseau, là encore elle me rejoignit : elle était faucon, elle frappa mon dos couvert de plumes. Dans une dernière tentative pour lui échapper, je me fis grain de blé dans une meule de foin. Mais je savais de cette étrange conscience que j’avais depuis peu, que j’étais pris : et, de fait, la Vieille s’était faite poule, elle me saisit dans son bec et m’avala. Elle redevint alors elle même et je m’endormis dans la tiède obscurité de ses entrailles. Là, je rêvai.
Je rêvai d’une ombre projetant une lumière : elle me montrait des lieux désolés où nulle herbe ne poussait, où les arbres étaient dépouillés et le sol sec et fendillé. Dans cette désolation surgit comme une tendre vrille verte, qui poussa des rejetons, tant et si bien qu’un réseau de verdure recouvrit la terre morte…

Je rêvai d’un homme descendant un escalier en colimaçon, d’étage en étage plus éloigné de la lumière du jour. Il balançait à la main une lanterne vacillante dont la lueur ne dévoilait que des murs gluants de moisissure. Tout au fond de ce puits s’ouvrait une salle jonchée d’excréments ; une vieille aveugle obscène, hideuse et immortelle, était accroupie au milieu des immondices : elle lui demanda d’embrasser ses plaies suintantes, ses ulcères sans nom. Comme une ignoble araignée elle suçait la vie en lui…

Je rêvai de notre mère la Terre, de ses vastes entrailles où pullulaient ces images parmi tant d’autres, tant et tant que je ne puis citer. Aveugle et sombre, je me coulai dans ces passages tièdes qui irriguaient sa masse énorme ; mes mains frôlaient des formes immondes qui glissaient sous moi…

Soudain, je me heurtai, aveugle, à une absence d’obscurité. D’abord je ne vis pas la différence, ce n’était pas quelque chose que je puisse appeler lumière. Puis une main chaude, pleine de vie, me remit vivement debout ; des ailes –étaient-ce des pétales ?- m’enveloppaient et cette chaleur avait, en outre, une voix, ni homme ni femme quelque part à l’intérieur de ma propre tête ; elle prononçait des mots qui, dans l’instant, engendraient des images. Expériences des douleurs de la création, au contenu fait d’ombres et de lumière –oh, la tendresse et la pureté…
Tout cela tournoyait, et il en venait d’autres, et toujours d’autres ; et c’était toujours différent, toujours pareil, homme et femme du même sexe, mort et naissance de la même réalité. Tout se rejoignait : c’était une naissance, mon cri de naissance qui déchirait les cieux au moment où je tombais des entrailles de la Vieille, exposé à la lumière du monde dont j’avais vu mourir et renaître l’âme…

Je m’éveillais, tout tremblant, au flanc de la montagne ; j’avais encore la coupe serrée entre mes doigts gourds, le labyrinthe en spirale se calmait enfin sous mon regard las…
Voilà ce qui clôt les lèvres de l’initié, et non la promesse faite sur le seuil des mystères. Moi, Taliesin, ex-Gwion à présent rené, né du chaudron de la Vieille dont les façons ne sauraient plus me terrifier, né du breuvage que tous doivent boire, moi, disais-je, je sais."

John Matthews « Contes de Sorcières et d’Ogresses » (Pierre Dubois . Ed. Hoëbeke).


La légende de Taliesin:

Citation :

"L'histoire de Taliesin débute en Pennlyn, alors que Tegid Voel le Chauve en était le seigneur. Il était marié à Keridewen, célèbre de sa grande connaissance des choses hermétiques. Trois enfants étaient nés de cette union : Creirwyl, une des plus belles enfants qui soient; Morvran, un des plus laids qui soient et Afang Du, le jeune homme le moins favorisé du monde. Afin d'aider ce dernier à devenir un grand homme, elle conçu un jour pour lui un chaudron de connaissance et d'inspiration dont elle connaissait tous les éléments. Ce chaudron devait bouillir une année complète et donner trois gouttes grâce auxquelles Afang Du serait illuminé. Pour mener à bien son projet, elle désigna deux hommes pour surveiller le liquide et entretenir le feu : un vieil aveugle du nom de Mordra et un jeune homme du nom de Gwyon Bach.

Ainsi l'année s'écoula jusqu'au dernier jour, alors que Keridwen était absente. Le jeune Gwyon, qui avait passé une très mauvaise nuit, vint à s'endormir dans son quart, et tandis qu'il sombrait dans l'inconscience, le chaudron se mit à bouillir. Trois gouttes brûlantes furent alors éjectées du chaudron jusqu'au doigt de Gwyon qui, sur le coup, le porta à sa bouche. Ces gouttes n'étaient nulles autres que celles destinées à Afang Du, porteuses de connaissance et d'inspiration. Comprenant aussitôt que la colère de Keridwen pourrait lui être fatale, Gwyon Bach prit la fuite sans plus attendre. Il ne pu aller bien loin que Keridwen l'avait déjà pris en chasse avec le désir de le réduire à néant. S'ensuivit une course folle où, voyant le fugitif prendre forme d'un lièvre, Keridwen se transforma en chien. Arrivant près d'un cours d'eau, Gwyon se transforma en poisson que la sorcière pourchassa en loutre. Le poisson devint oiseau, la loutre se fit faucon, puis, apercevant des grains sur le sol, le jeune homme prit forme d'un grain de blé et s'y camoufla. La sorcière, futée, devint poule et avala le fautif.

Seulement l'ingestion n'eut pas l'effet escompté. Après quelques mois, Keridwen s'aperçut qu'elle était grosse. Elle attendait un enfant? Son mari était parti depuis longtemps combattre les pirates Gaëls et établir des fortifications le long des côtes, aussi elle comprit immédiatement ce qui lui était arrivé. Cet enfant ne pouvait être que je jeune Gwyon qui demandait une deuxième naissance. Lorsque Keridwen accoucha, se fut avec le désir de tuer l'enfant. Mais le poupon naquit si beau qu'elle n'eut le cœur d'aller au bout de son reste. Keridwen lui construisit une sorte de couffin de jonc et le confia à la bienfaisance des eaux d'une rivière qui, loin de là, allait mélanger ses eaux à celles de l'océan.

Il fut ballotté au gré des flots neuf jours et neuf nuits sans jamais pleurer ni la soif ni la faim, car l'eau de pluie prenait soin de le désaltérer alors que de tout petits poissons sautaient de l'eau pour atteindre sa bouche. C'est au dixième jour qu'il atteignit la terre du roi Gwyddno, connu pour posséder l'une des treize merveilles de Bretagne, un filet qui, chaque soir qu'il est mis à l'eau, rapporte suffisamment de poisson pour nourrir toutes les bouches du clan, voire plus. Or il se trouva qu'Elfin, fils de Gwyddno, s'affairait à remonter le filet quand le bébé deux fois né y arrivait. Chose étrange, Elfin, qui était l'un des garçons les plus malheureux et infortunés qui soient, ne prit aucun poisson mais un nouveau-né. Le prenant dans ses bras, il fut si ébloui par la beauté de l'enfant qu'il le nomma Taliésin et l'adopta tout aussitôt. Quelle ne fut pas sa surprise, quand, de retour chez lui, Taliésin entreprit de conter son histoire, celle de Gwyon Bach et ce, sous forme d'un chant aux sonorités parfaites. Il prit aussi soin de remercier Elfin pour son accueil chaleureux :

« Entends maintenant que tu ne le regretteras pas car je suis Taliésin et si bientôt mon nom brûlera parmi les innombrables étoiles du ciel de Bretagne, crois bien que je ne serai pas ingrat et que tu trouveras avec moi une récompense à la hauteur de ta gentillesse. »

C'est sous les soins de ce bon père qu'on vit Taliésin grandir et se parfaire d'extraordinaire façon. Au bout de quatre ans, Taliésin avait déjà atteint la taille d'un jeune homme et faisait preuve d'une maîtrise de la musique peu commune. C'est à cette époque qu'il sortit son père adoptif d'un mauvais pas, lui laissant richesses et renom. C'est là une autre histoire cependant, une histoire qui conduit Taliésin jusqu'à nous, à parcourir la Bretagne pour écrire de nouvelles chansons et parfaire sa connaissance en toute chose..."


(source : http://glorfinn.skyblog.com/5.html )


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