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 L'Homme descend t-il du singe ?

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Abraxas
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Abraxas
   Posté le 04-09-2005 à 13:33:08   Voir le profil de Abraxas (Offline)   Répondre à ce message   http://abrasax.chez.tiscali.fr   Envoyer un message privé à Abraxas   

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L'ADN du chimpanzé révèle une part de l'humain
LE MONDE | 01.09.05 | 14h18


Charles darwin fut caricaturé en singe pour avoir osé agripper l'homme sur une simple branche de l'arbre de l'évolution des espèces. Dès 1871, le grand savant avait pourtant raison de faire de l'être humain et des grands singes des cousins et la génétique moléculaire n'a fait que conforter sa vision. La publication, dans la revue Nature , jeudi 1er septembre, de la séquence du génome du chimpanzé, et sa comparaison avec celle de l'homme, en offre une nouvelle illustration. En ne levant encore qu'un coin du voile sur la grande question : "Qu'est-ce qui fait de nous des humains ?"


Le chimpanzé commun (Pan troglodytes ) et le bonobo (Pan paniscus ), qui ont divergé il y a environ 2 millions d'années, sont nos parents les plus proches sur le plan évolutif. Au point que certains, iconoclastes, ont proposé de les classer dans le genre Homo (Le Monde du 27 juin 2003). Nous sommes, en effet, issus d'un ancêtre commun qui a vécu, selon les paléontologues, il y a 6 à 8 millions d'années. C'est pourquoi les généticiens ont imaginé, au milieu des années 1990, alors que les projets de séquençage du génome de l'homme et de la souris étaient lancés, de décrypter aussi celui des grands singes.

Un consortium international ­ principalement américain ­ a été mis sur pied pour séquencer celui du chimpanzé. Les 67 chercheurs associés au projet ont choisi d'analyser le patrimoine génétique de Clint, un pensionnaire du Centre national de recherche sur les primates d'Atlanta. Ce descendant d'une sous-espèce originaire d'Afrique de l'Ouest (P. troglodytes verus ) est mort en 2004, d'une crise cardiaque, à 24 ans. Un décès précoce pour un animal en captivité.

Ses cellules sanguines n'en ont pas moins permis de livrer la première séquence d'un primate non humain, après celle d'Homo sapiens en 2001, et la quatrième d'un mammifère ; celle de la souris avait été décrite en décembre 2002 et celle du rat en mars 2004.

"Le séquençage du génome du chimpanzé est un accomplissement historique qui conduira à de nombreuses découvertes excitantes ayant des implications pour la santé humaine" , se félicite Francis Collins, le directeur de l'Institut de recherche sur le génome humain américain, partenaire du projet. Mais "cela ne représente que la partie émergée de l'iceberg dans l'exploration des racines génétiques de nos différences biologiques" , estime LaDeana Hillier (université de Washington), coauteur de l'étude.

Qu'a-t-on découvert ? Sans surprise, il se confirme que le chimpanzé et l'homme ont en partage la très grande majorité de leur patrimoine génétique. Sur les quelque 3 milliards de paires de bases formant la trame de la double hélice d'ADN dont les chromosomes sont constitués, une très faible proportion diffère : si l'on déroulait les deux séquences, elles seraient identiques à presque 99 %. Les substitutions ponctuelles que l'on peut observer entre les copies du génome humain et celui du chimpanzé ne représentent que 1,23 %. Si l'on prend comme critère de mesure les insertions et les délétions ­ des mécanismes de mutation ­, la similarité s'élève encore à 96 %.

Pour l'exprimer autrement, les différences génétiques entre les humains et les chimpanzés sont 60 fois moindres qu'entre l'homme et la souris ­ et dix fois moindres qu'entre la souris et le rat. Mais la différence entre le génome du primate Clint et celui de l'humain Craig Venter ­ le généticien qui a soumis son ADN au séquençage ­ est dix fois plus grande que celle existant entre deux génomes humains.

Cette faible distance génétique entre homme et chimpanzé n'est que relative. Elle peut aussi être analysée en valeur absolue. Le catalogue des différences génétiques dressées par le consortium culmine à 35 millions de changements de nucléotides isolés et à 5 millions d'insertions et de délétions. L'analyse de ces différences génétiques n'aura donc rien de trivial.

Ce travail a commencé. Nature en présente les premiers résultats. Les chercheurs ont constaté que les humains, comme les chimpanzés, ont accumulé au cours de l'évolution un nombre de mutations potentiellement délétères plus élevé que les rats et les souris. Ce qui constitue, en principe, un handicap mais peut aussi se transformer en avantage en cas de changement rapide de l'environnement.

Certaines classes de gènes semblent avoir évolué plus rapidement chez les humains que chez les chimpanzés ­ il s'agit notamment des facteurs de transcription qui régulent l'activité de cascades de gènes. Par ailleurs, une cinquantaine de gènes présents chez l'homme manquent purement et simplement chez le chimpanzé. Certains sont impliqués dans la réponse immunitaire et les phénomènes inflammatoires. A l'inverse, l'homme a perdu un gène protégeant les autres mammifères de la maladie d'Alzheimer.

La comparaison des deux génomes, espèrent les chercheurs, pourrait donc avoir des implications médicales importantes, à condition d'identifier les mutations significatives, parmi des millions, dont la plupart sont neutres.

Dans un article publié par Science , les généticiens Edwin McConkey et Ajit Varki, pionniers de l'étude du génome du chimpanzé, rappellent abruptement que la comparaison de ces génomes "n'a encore offert aucun aperçu majeur des éléments génétiques qui sous-tendent la bipédie, un gros cerveau, des capacités linguistiques, des pensées abstraites élaborées, ou tout ce qui rend l'homme unique" . Cela peut sembler décevant, poursuivent-ils, "mais ce n'est que le dernier exemple de ce que la recherche en génomique a déjà établi : l'interprétation des séquences d'ADN requiert des informations fonctionnelles sur cet organisme qui ne peuvent pas être déduites de la séquence elle-même" .

En résumé, il faut étudier où, quand et à quel degré les gènes sont exprimés au cours du développement de l'animal et en quoi l'environnement influe sur cette activité génétique. Il faudra aussi élargir le spectre des génomes à d'autres grands singes, pour affiner l'histoire évolutive des primates. Le séquençage du génome de Clint, pas plus que celui de l'homme, ne peut être considéré comme un aboutissement. S'ils ne constituent qu'un point de départ, ils n'en restent pas moins essentiels.

Hervé Morin



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Carita bene ordonata incipit a se met ipso
Solomon Kane
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Solomon Kane
   Posté le 06-09-2005 à 16:25:55   Voir le profil de Solomon Kane (Offline)   Répondre à ce message   http://perso.wanadoo.fr/chemins-du-reve   Envoyer un message privé à Solomon Kane   

Eh bien Abra puisque tu évoques le cas des grands singes et la question de nos origines, je vais compléter l'article paru dans le Monde par de nombreux autres qui ont autant trait à l'insoluble énigme de l'origine d'Homo Sapiens qu'à la réalité des grands singes qui, s'ils constituent un maillon capital de l'évolution et un cousin très respectable des hommes, n'en demeurent pas moins en grand danger, menacés et braconnés. Un petit panorama s'impose pour rendre la place qui leur est dûe à nos frères simiesques.

1° Les grands singes souffrent, qu'ils soient libres ou captifs (le Monde du 1er septembre 2005) - par Hervé Morin
Déforestation, épidemie par le virus Ebola, braconnage. Alors que l'on célèbre le séquencage du génome du chimpanzé, les grands singes - orang-outan, gorille, bonobo et chimpanzé commun - n'ont jamais été aussi menacés dans leurs milieux naturels. " On pourra conserver leur patrimoine génétique, mais tout ce qui concerne le comportement et l'écologie va disparaitre " , redoute Pascal Picq (Collège de France). Or la comparaison du génome de l'homme et de celui du chimpanzé marque, à son sens, les limites du réductionnisme génétique. " L'homme ne se réduit pas à ces quelques millions de nucléotides de différence avec le chimpanzé. Il faut aussi tenir compte d'effets combinatoires des gênes entre eux, mais aussi de la façon dont l'épigénétique - l'environnement - influence l'expression des gênes ." Chez l'homme, mais aussi chez les grands singes et d'autres primates plus éloignés. " Par ces comparaisons génétiques, on espère dire ce qui fait l'homme, rappelle-t-il. Mais on oublie que le chimpanzé est aussi le fruit de l'évolution. Pour savoir ce qui fait le chimpanzé, il faudra analyser les génomes d'autres primates ."
Pour le chercheur, il importe aussi d'instiller des sciences humaines dans la théorie de l'évolution. Mais si les grands singes disparaissent de leurs habitats d'origine, les travaux de terrain récents, montrant, par exemple, l'existence de pratiques "culturelles" différentes à l'intérieur d'une même espèce, ne pourront être poursuivis.
Les chiffres sont alarmants : les orangs-outans étaient au nombre de 50 000 à 100 000 il y a vingt ans. Ils ne sont que 4 000 à 7 000 aujourd'hui. Les effectifs des bonobos, 100 000 dans les années 1980, ne dépasseraient pas 10 000 à 50 000 individus. Le dénombrement des chimpanzés, répartis dans 21 pays d'Afrique, est difficile mais ils seraient 100 000, soit quatre fois moins nombreux qu'il y a dix ans. Depuis vingt ans, les populations de gorilles des plaines ont été divisées par deux avec seulement 17 000 individus recensés. Seuls les gorilles des montagnes connaissent un répit, avec un doublement des effectifs ces dernières années. Mais ils ne sont que 700...

Réflexion éthique
En captivité - ils sont 3 000 aux Etats-Unis -, les grands singes ne sont pas saufs pour autant, car ils peuvent servir de cobayes. Sans eux, le vaccin de l'hépatite B n'aurait pu être mis au point. Mais la publication du génome du chimpanzé et les futures recherches médicales °© parfois invasives °© qui pourraient en découler devraient susciter une réflexion éthique, estiment Pascal Gagneux, James Moore et Ajit Varki (université de Californie, San Diego) dans Nature. Ils suggèrent ainsi d'appliquer aux grands singes des règles éthiques s'inspirant de celles qui régissent les travaux sur l'homme. Mais aussi de s'interdire la production de singes transgéniques et de rechercher des modèles animaux de substitution.


jeune chimpanzé


2° Plusieurs découvertes de fossiles remettent en cause les conditions de l'émergence de l'homme (le Monde du 1er septembre 2005) - par Stéphane Foucart
En paléoanthropologie, la mise au jour des fossiles les plus modestes peut, parfois, tenter d'égratigner les théories les plus vénérables. Ainsi de ces quelques dents de chimpanzé, vieilles d'environ 550 000 ans, dont Sally McBrearty (universite du Connecticut) et Nina Jablonski (Académie des sciences de Californie) relatent la découverte dans l'édition du 1er septembre de la revue Nature. Les raisons d'une telle ambition ? Selon les auteurs de la découverte, le fait que ces fossiles - les premiers du genre - du plus proche cousin de l'homme aient été découverts au Kenya, dans la vallée du Rift est-africain, met à mal la thèse dite de l'East Side Story. Développée au début des années 1980 par le paléoanthropologue Yves Coppens, cette théorie demeure - bien qu'elle ait été profondément remise en cause en 2002 avec la découverte, au Tchad, de Toumaï (Sahelanthropus tchadensis ) - la description la plus complète de la séparation entre hommes et grands singes. Que dit-elle ? Qu'il y a environ 8 millions d'années, l'effondrement de la faille du Rift a laissé une longue balafre sur le continent africain. A l'ouest de cette "coupure écologique", la forêt humide est demeurée. A l'est, les terres se sont progressivement asséchées, et la forêt a laissé place à la savane.
Les hommes et les grands singes auraient ainsi divergé sur l'arbre de l'évolution. Les primates restés à l'ouest auraient conservé un mode de vie arboricole. Les autres, pour s'adapter a la savane, auraient acquis la bipédie et se seraient peu à peu hominisés. Or les fossiles de chimpanzé exhumés par Mmes Jablonski et McBrearty ont été découverts à l'est de cette frontière, dans un gisement qui a déjà livré des fragments d'Homo erectus vieux de 500 000 à 540 000 ans. Les auteurs en concluent qu'hommes et chimpanzés ont partagé le même habitat au cours du Pleistocène moyen (- 781 000 à - 126 000 ans) et que le Rift n'a pas été une coupure écologique suffisamment importante pour séparer les deux espèces. " Cela était prévisible " , estime pourtant Jean-Jacques Jaeger, paléontologue (université Montpellier-II). " Au cours des fluctuations climatiques du Pleistocène moyen, les alternances européennes glaciaires-interglaciaires se sont traduites, en Afrique subsaharienne, par des alternances de périodes humides et plus sèches , précise M. Jaeger. Au moment d'une période plus humide en Afrique tropicale, il est normal que l'ère de répartition des chimpanzés se soit étendue ." La cohabitation mise en évidence entre les deux espèces pourrait ainsi n'être que tardive et spécifique au Pleistocène moyen. Elle ne signifierait donc pas, comme le concluent les auteurs, que les chimpanzés et les hommes ont pu partager le même habitat depuis leur divergence - située généralement, selon les interprétations, il y a 6 à 8 millions d'années.
Cependant, une autre découverte, publiée dans l'édition d'avril de la revue Anthropological Science , suggère que les hommes et les chimpanzés pourraient avoir très longtemps cohabité. En effet, d'autres dents fossiles, retrouvées à quelques kilomètres à peine du gisement fouillé par Sally McBrearty et Nina Jablonski, révèlent la présence, à cet endroit, de grands singes - "chimpanziformes" et "gorilliformes" - voilà respectivement 12,5 et 6 millions d'années. " Les deux dents datées de 6 millions d'années ont été trouvées dans les mêmes couches qu'Orrorin - découvert en 2000 et considéré comme l'un des plus vieux ancêtres de l'homme -, explique la paléoanthropologue Brigitte Senut (Museum national d'histoire naturelle), coauteur de la découverte avec Martin Pickford (Collège de France). Cela nous a fait dire que, déjà à cette époque, la dichotomie entre les grands singes et l'homme était bien établie ." Et que, par conséquent, la séparation des deux espèces a pu intervenir beaucoup plus tôt que prévu dans l'histoire de l'évolution. Peut-être même avant la formation du Rift, il y a 8 millions d'années...
Pour Pascal Picq (Collège de France), la découverte de ces fossiles ne montre pas que la séparation des deux lignées soit intervenue plus tôt. " D'abord, les termes "chimpanziformes'' et "gorilliformes'' définissent des caractères archaïques qui pourraient être rattachés à d'autres lignées que celles qui ont conduit aux chimpanzés actuels ", dit M. Picq. " En effet, on considere souvent qu'il n'existe que deux rameaux alors qu'il y en avait, à l'époque, vraisemblablement beaucoup plus , explique-t-il. Enfin, il faut avoir à l'esprit que les paléoanthropologues ont tendance à reculer systématiquement l'émergence de la lignée humaine pour pouvoir y placer leurs nouveaux fossiles ..."


un jeune bonobo


La conscience du soi simiesque (Libération du 1er septembre 2005) - Sylvie Briet
Qu'avons-nous encore à apprendre du chimpanzé, ce si proche cousin, bagarreur, peu partageur, épris de pouvoir ? Voilà un siècle à peine que les hommes l'étudient de près dans la nature ou en laboratoire, faisant reculer les frontières qui le séparent d'Homo sapiens. Les deux revues Science et Nature ont mis leurs efforts en commun pour dépasser le seul résultat de la génétique et ouvrir sur tous les travaux concernant le comportement des grands singes, espèce par ailleurs très menacée. Le chimpanzé est un primate plein de ressources. On le croyait dépourvu de langage ? Il est capable d'apprendre la langue des signes. L'utilisation d'outils était le propre de l'homme ? Il manie parfaitement le baton pour attraper les termites ou le principe du marteau et de l'enclume pour casser des noix. Il se reconnait dans un miroir, possède une certaine «conscience» de soi. Les observations sur le terrain mènent les primatologues encore plus loin. Ils ont découvert que les groupes de singes possèdent des traditions que certains appellent culture: un groupe utilise une technique de chasse ou d'épouillage et se la transmet de génération en génération. Sur le site de Goualougo au Congo, les chercheurs ont observé des chimpanzés utilisant deux outils pour la chasse aux termites, un baton dur qui creuse un tunnel de 30 cm et une tige légère qui pénètre dans le sol et ramène les termites. C'est le seul endroit où cette technique a été constatée. Franz de Waal, l'un des plus célèbres primatologues, a observé des capacités à résoudre les conflits : après un combat, un mâle dominé tend la main au mâle dominant, puis ils s'enlacent, s'embrassent et descendent au sol pour s'épouiller. Les échanges sociaux commencent juste à être compris, mais on a déjà observé qu'un chimpanzé partagera davantage sa nourriture avec un collègue qui l'a épouillé avant. Troublant... « Le séquencage du génome nous montre que la divergence homme-chimpanzé notre dernier ancêtre commun est plus récente qu'on ne croit : 6-7 millions d'années , note Pascal Picq, paléoanthropologue. Il va falloir de nouveau réfléchir aux caractères dérivés des homininés (hommes et australopithèques) et des panines (chimpanzés). Comment sommes-nous devenus humains mais aussi comment sont-ils devenus chimpanzés ? Les généticiens expliquent qu'on peut oublier les histoires de gêne du langage, de la bipédie... ça se passe au-dessus des gênes, au niveau de la régulation. C'est dans la grammaire génétique que se joue l'évolution .» Et pour comprendre l'évolution il faut pouvoir étudier ces animaux dans leur milieu naturel, paradoxe au moment où ils semblent plus menacés que jamais. « Ironiquement, nous aurons une carte détaillée de son génome mais nous n'aurons plus d'individus à étudier, avertit Marc Hauser de l'université d'Harvard. Il faudrait consacrer autant de moyens à la conservation qu'à la génétique et nous écririons l'histoire la plus détaillée de notre passé


le regard tellement éloquent du gorille


4° Grands singes : certains disparaitraient d'ici une génération (Radio Canada)
La situation, déjà critique, est loin de s'améliorer pour la sauvegarde des grands singes dans leur milieu naturel. Le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE), basé à Nairobi, a publié une évaluation des populations des chimpanzés, gorilles et orangs-outangs qui montre que l'empiètement des activités humaines sur leur habitat, c'est-à-dire les forêts équatoriales d'Afrique et d'Asie du Sud-Est, nuit beaucoup à la survie des espèces. Le braconnage et la maladie sont également des menaces pour eux.

Des actions urgentes
Pas moins de 90 % des zones où vivent les grands singes seront touchées par l'humain d'ici 30 ans si une action urgente n'est pas mise en oeuvre dès maintenant. Ainsi, si la tendance se maintient, en 2032, 99 % de l'habitat des orangs-outans souffrira d'un impact plus ou moins fort du développement humain, tout comme 90 % de l'habitat des gorilles, 92 % de celui des chimpanzés et 92 % de l'habitat des bonobos.

Conference internationale
Ces données ont été publiées dans l'Atlas des grands singes et leur conservation, en vue de la première conférence gouvernementale sur le sujet, qui doit se tenir du 5 au 9 septembre à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo (RDC). Vingt-trois pays abritent des grands singes sur leur territoire.


un jeune gibbon dans les arbres de Bornéo


5° Le génome du chimpanzé au grand jour (Le Nouvel Observateur) - par Cécile Dumas
Plus de quatre ans après la publication de la première esquisse du génome humain, c’est au tour d’un cousin de défrayer la chronique scientifique. La revue Nature publie aujourd’hui la première ébauche du génome du chimpanzé et la première analyse comparative globale des deux génomes. C’est une étape importante pour la compréhension du génome humain : les scientifiques ont en effet besoin de le comparer pour mieux le cerner. Et répondre à une question ancienne : quel est le propre de l’homme ? Les articles publiés aujourd’hui montrent que la séquence ADN de l’homme et du chimpanzé ( Pan troglodytes ) sont identiques à 99%. En tenant compte des insertions ou des déletions (pertes) de paires de bases, le tronc commun est évalué à 96%. Sachant que chacun de ces génomes contient quelque 3 milliards de paires de base, cela laisse une part importante à la différence. 35 millions de paires diffèrent entre l’homme et le chimpanzé, expliquent les chercheurs du NHGRI, le consortium public américain qui a travaillé sur le génome humain. Plus prosaïquement, cela signifie qu’il y a encore 10 fois plus de différences entre un humain et un chimpanzé qu’entre deux êtres humains.
L’exploration des points communs et de la différence biologique ne fait que commencer. L’essentiel des différences tient sans doute en quelques mutations cruciales, puisque l’homme et le chimpanzé se sont différenciés il y a seulement 6 millions d’années, expliquent Matthew Sanders et Wan-Hsiung Li dans un commentaire publié dans Nature. Définir les changements génétiques qui ont fait l’homme est une tache complexe. La comparaison avec le chimpanzé ne suffira pas. Les scientifiques disposent déjà d’une première ébauche du génome de la souris (décembre 2002) et du rat (mars 2004) et d’un brouillon de la séquence de l’ADN du singe rhésus. Mais ils attendent beaucoup du séquencage de l’ADN des autres grands singes : l’orang-outan, pour lequel une première version est attendue l’année prochaine ; le gorille, dont le séquencage devrait commencer en octobre.

[img]http://images.art.com/images/products/large/10071000/10071633.jpg

l'émotion d'une mère orang-outan et de son bébé


6° La disparition progressive de leur habitat menace les gorilles (Angolapress)
Moins de 250 orangs-outangs de Sumatra devraient pouvoir subsister encore à l’état sauvage dans cinquante ans parce que leur habitat disparaît, indique un rapport publié récemment. D’autre part, la dévastation causée par le tsunami asiatique en décembre dernier a accéléré le taux de destruction de cet habitat, alors que la lutte contre la pauvreté pourrait avoir un impact sur le destin des grands singes.
Cette double annonce a été faite jeudi lors du lancement du premier Atlas mondial sur les grands singes et leur protection par le Centre international de supervision de la conservation du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), au siège de l’Association zoologique de Londres. Cet ouvrage révèle que ce ne sont pas seulement les humains qui profiteront de la campagne d’éradication de la pauvreté. L’éradication de la pauvreté pourrait épargner aux six autres espèces de grands singes que l’on trouve généralement en Afrique - le gorille oriental et occidental, le chimpanzé, le bonobo, l’orang-outang de Sumatra et de Bornéo - d’être abattus pour être mangés. Le premier Atlas mondial des grands singes et de leur protection fournit une évaluation pays par pays des 23 territoires abritant ces grands singes sauvages. Puisque ces pays font aussi partie des plus pauvres du monde, une action internationale concertée est nécessaire pour la survie de ces espèces.
" Nous avons le devoir de sauver nos plus proches parents vivant dans le cadre de notre responsabilité plus large qui consiste à préserver les écosystèmes qu’ils habitent. Il suffit de regarder les forêts tropicales, qui abritent les grands singes. Les économistes estiment qu’elles représentent une valeur de 60 millions de dollars par an comme conséquence de leur capacité à supprimer et à emmagasiner les gaz responsables du réchauffement planétaire ", a déclaré à Nairobi le directeur exécutif du PNUE, Klaus Toepfer.
" Avec d’autres écosystèmes, ces forêts sont aussi des sources inestimables d’éléments génétiques. Elles forment la base d’une nouvelle révolution industrielle dans des domaines allant de la nourriture à l’agriculture en passant par les produits pharmaceutiques et les produits chimiques ", a-t-il ajouté. Pour M. Toepfer, il s’agit d’une question morale de la plus haute importance. " En préservant les habitats des grands singes, nous aidons à lutter contre la pauvreté et à protéger les richesses naturelles dont dépendent les générations humaines actuelles et futures ", a-t-il ajouté.
Le patron du PNUE a souhaité que ce nouvel atlas et la prochaine réunion intergouvernementale prévue a Kinshasa, en RD Congo, suscitent une action encore plus importante en identifiant les priorités en matieèe de conservation et en générant des investissements de la part des gouvernements donateurs et du secteur privé dans les pays où vivent les grands singes. Edité par le centre international de supervision de la conservation du PNUE, l’atlas est la source d’informations la plus détaillée sur les grands singes jamais rédigée et réunit les derniers éléments de recherche ainsi que les observations de nombreux scientifiques du monde entier. Parmi les personnalités qui ont contribué à sa rédaction figurent le secrétaire général de l’ONU Kofi Annan, de même que d’éminentes personnalités comme Jane Goodall, Richard Leakey, Toshisada Nishida, Russ Mittermeier et Ian Redmond.

A lire également un dossier ce mois-ci dans l'excellent magazine Terre Sauvage : "Grands Singes : ont-ils un avenir?". Sur le net également, de nombreux sites à visiter pour s'informer sur les multiples projets en cours concernant la sauvegarde des grands singes :

- généralités : www.janegoodall.fr
- bonobos : www.bonoboducongo.free.fr et www.pan-paniscus.org
- chimpanzés : www.help-primates.org
- gorilles : www.creatweb.com/gorilla
- gibbons : www.kalaweit.org

Personne ne peut résolument rester insensible à la détresse de ces animaux.


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"On n'est pas le meilleur parce qu'on le croit, mais parce qu'on le sait."
aleister.c
Inactif
   Posté le 19-11-2005 à 12:23:10   Voir le profil de aleister.c (Offline)   Répondre à ce message   Envoyer un message privé à aleister.c   

... faisons nous (un court instant ) l'avocat du diable...

les grands singes semblent en voie de disparition... et alors?

ce ne sera pas la première fois que des espèces disparaissent de la surface de cette planète, qui s'appitoie de la disparition des dinosaures? qui se lamente de ne plus croiser de mammouth?

une autre piste de réflexion: si la bactérie escherishia coli venait a disparaitre, qui s'en plaindrai??? verions nous alors des associations d'écologistes se remuer le train pour la sauvegarde de cette bactérie essentiellement nuisible à l'homme?

c'est pourtant une forme de vie comme une autre, dépendante de nous comme nous somme dépendant des plantes, alors qui sommes nous pour décider de qui a le droit à la survie et qui ne l'a pas?

à peu de choses près, l'homme et les singes sont concurrent, ils veulent occuper le même espace vital (en fait, l'homme, très gourmand, cherche à occuper tout l'espace vital de cette planète)

un écologiste "pur et dur" pourrai très bien chercher à éradiquer l'homme de cette planète, permettant ainsi la survie de toutes les autres espèces...

il y a prèsque 3 milliards d'années, lorsque les premiers organismes chlorophylliens sont apparu et ont commencé à dégager de l'oxygène dans l'atmosphère terrestre, ce fut la première grande pollution de cette planète, 90% des espèces qui vivaient à l'époque ne s'en sont pas remises, parmis elles des plantes aussi en sont mortes.

de même, aujourd'hui, c'est l'homme qui, par son activité, modifie profondément la composition de l'atmosphère terrestre, mais l'homme, comme naguère les plantes, n'est rien d'autre qu'un produit de l'évolution... et un facteur de celle-ci
3.6 milliards d'années d'histoire de la vie ont aboutit à l'homme. aboutit dites-vous? non, je ne pense pas, il n'y a aucune raison de croire que l'homme est l'étape finale de l'évolution, seulement la dernière en date, mais qui sait ce que réserve le futur?

actuellement, ce sont les vertébrés qui semblent dominer cette planète, mais il subsiste des tensions au sein de ce groupe, entre l'homme et les grands singes par exemple...

si les condition de vie viennent à changer en profondeur, il est tout a fait immaginable que ce soit les arthropodes qui deviennent le groupe dominant (les arthropodes comprennent les insectes, les crustacés, les araignées et autres accariens par ex) et la guerre pour la domination du monde se déroulera alors entre fourmis, termites et abeilles...
des fourmis "écolo" se battrons pour la sauvegarde des crabes, honteusement exploités par le peuple myrmécéen et dont la disparition serait regrettable car empechant la régulation des populations de crevettes, qui pourraient alors devenir le nouvel ennemi des fourmis.... etc etc etc...

tout le problème réside dans la conscience que l'homme possède de lui même et de ce qu'il fait autour de lui...

maintenant, imaginons; imaginons que l'homme régule sa population, cessant de s'étendre comme un cancer a la surface de cette planète. imaginons qu'il assure la sauvegarde de toutes les espèces vivantes encore présentes, imaginons qu'il arrive à maintenir une situation d'équilibre, ne polluant plus, ne déreglant pas l'atmosphère, ni le climat, vivant en parfaite symbiose avec le monde qui l'entoure....
cela revient à dire que l'homme est INTERVENU VOLONTAIREMENT dans le processus de l'évolution, pour le bloquer à un stade particulier

en empéchant ainsi toute évolution, il réduit les possibilité d'adaptation des espèces, donc de la vie en général, en cas de changement des condition de vie.
que se passera-t-il si une comète vient a percuter la terre, ce qui ne manquera pas d'arriver des lors que l'on réfléchi sur une échelle de temps géologique (plusieurs millions d'années, voire plus)
que se passera-t-il quand le soleil, ayant presque épuisé ses réserves d'hydrogène, se transformera en "géante rouge" et augmentera de volume jusqu'a engloutir la terre? eh bien la vie disparaitra, purement et simplement....

ce raisonnement peut paraitre curieux, mais il aboutit aux conclusions suivantes:
si l'homme veut jouer un role conscient dans l'évolution, il doit se poser la question de la nécessité de l'existence de la vie (au sens général) sur le long terme
on peut, sans trop de risque, postuler que l'homme considèrera sa propre survie comme nécessaire, voire indispensable, donc il considèrera la survie de nombreuses autres espèces comme indispensable à sa propre survie
donc il considèrera que l'existence d'un ecosystème "géant" d'une échelle comparable à celle de la terre est elle même indispensable
donc, sachant que la terre est vouée a disparaitre, il considèrera la conquète spatiale comme indispensable
notre soleil lui même étant voué a disparaitre, cette conquète spatiale ne s'envisagera que dans le but de conquérir d'autres systèmes solaires, éloignés du notre

mais ces autres systèmes étant eux aussi voués à disparaitre, l'univers tout entier d'ailleur, étant destiné à terminer son histoire dans un "big-crash" de même qu'il l'a commencé dans un "big-bang"
cette quête de survie semble définitivement vouée a l'échec!

il reste une autre possibilité, mon postulat de base "l'homme considèrera sa propre survie comme indispensable" est faux
le raisonnement ci dessus ne tient donc plus la route...
mais alors il nous faut considérer l'histoire et l'évolution de la conscience en se détachant du monde sensible, et la je vais sortir du sujet... cela nous amène à sortir du champ de la science (actuelle) pour entrer dans celui des religions et croyances...
avons nous déja discuté de ça dans un autre sujet? l'histoire de l'apparition et de l'évolution de la conscience????


rico, qui ne cesse de se poser des question...
Abraxas
Membre du conseil
Abraxas
   Posté le 31-08-2006 à 15:37:36   Voir le profil de Abraxas (Offline)   Répondre à ce message   http://abrasax.chez.tiscali.fr   Envoyer un message privé à Abraxas   

Bonjour,

Deux articles du monde aborde cette semaine le sujet..

D'abord sur les origines de l'homme

Citation :

Origines de l'homme : une histoire à réinventer
LE MONDE | 29.08.06 | 14h20

La paléoanthropologie, qui célèbre cette année 150 ans d'existence, est en révolution. Ces dix dernières années ont vu une accumulation de découvertes qui bouleversent les théories, chamboulent les modèles d'émergence de l'homme moderne, bousculent les idées reçues sur la prétendue unicité de notre espèce. L'étude des nouveaux fossiles - en Afrique de l'Ouest, en Europe, en Asie - mais aussi les progrès de la génétique ne dressent pas le portrait d'une humanité quittant l'animalité pour progresser linéairement vers Homo sapiens, mais celui d'une grande diversité d'espèces humaines ayant coexisté.


Le chemin parcouru, depuis un siècle et demi, est considérable. C'est le Français Boucher de Perthes qui, au XIXe siècle, fonde la Préhistoire en présentant à l'Académie des sciences un mémoire sur les silex taillés découverts en 1844 dans les terrasses de la Somme, près d'Abbeville. Il estime que ces silex, trouvés à côté de restes de mammouths et de rhinocéros, sont de main d'homme. Son mémoire est refusé, mais il persévère et est suivi par d'autres scientifiques français et étrangers.

En août 1856, un coup de pioche dans une carrière de la vallée de Neander en Allemagne, près de Düsseldorf, fait apparaître d'étranges ossements humains. Cette découverte, suivie par d'autres, met en évidence, pour la première fois, l'existence d'une autre humanité, celle d'Homo neanderthalensis. C'est, stricto sensu, la naissance de la paléoanthropologie. Les caractéristiques particulières de l'homme de Néandertal déplairont fortement aux paléontologues. Le Français Marcellin Boule en fera une brute - image qui colle encore à la peau de notre cousin. Quand, plus tard, on trouvera les restes anciens d'Homo sapiens - notre espèce -, beaucoup plus présentables, beaucoup formuleront, d'une certaine manière, leur soulagement.

On remonte, aujourd'hui, plus loin. Les plus anciens représentants de l'espèce humaine ont été découverts en Afrique, tels Homo habilis (2 millions d'années) et Homo ergaster (1,9 million d'années). D'autres ont été mis au jour en Asie et en Géorgie (Homo georgicus, 1,8 million d'années). Actuellement, la plupart des paléoanthropologues s'accordent à penser qu'Homo ergaster, grand et taillé pour la course, a été à l'origine de la première migration de l'humanité à partir de l'Afrique. Toutefois, certains spécialistes, comme Robin Dennell et Wil Roebroeks supputent que les premiers grands explorateurs ont pu être les australopithèques, des préhumains qui ont vécu en Afrique entre 4,2 et 2,5 millions d'années. Ces hominidés marchaient debout et possédaient des mâchoires puissantes munies de dents robustes.

La grande interrogation actuelle concerne l'ancêtre commun hominidé-chimpanzé. On en ignore tout, faute de fossiles et on ne connaît pas la date de la séparation entre les deux espèces. Les paléoanthropologues s'accordent pour la fixer vers 7 millions d'années. Cela permet d'intégrer dans la lignée humaine des êtres très anciens tels Ardipithecus kadabba (5,2 à 5,8 millions d'années), découvert en Ethiopie par Yohannes

Hailé-Sélassié ; Orrorin tugenensis (6 millions d'années) mis au jour au Kenya par Brigitte Senut et Thomas Pickford et Sahelanthropus tchadensis (Toumaï, 7 millions d'années), révélé par les équipes de Michel Brunet et considéré, malgré des contestations, comme appartenant au rameau humain.

Mais à la mi-2006, une étude génétique, réalisée par Nick Patterson et David Reich du Massachusetts Institute of Technology (Etats-Unis), et publiée dans la revue Nature, jette un pavé dans la mare en reculant la date de la spéciation entre hominidé et chimpanzé entre 6,3 et 5,4 millions d'années. De plus, estiment les chercheurs, elle ne s'est pas faite en une fois : après s'être séparées, les deux espèces se seraient retrouvées et hybridées, avant de se séparer définitivement.

L'hypothèse formulée par les scientifiques américains - qu'ils qualifient eux-mêmes de provocatrice - à partir de l'étude de 20 millions de paires appartenant au génome de l'homme, du chimpanzé, du gorille, de l'orang-outan et du macaque, pourrait remettre en cause l'appartenance des plus vieux préhumains au groupe des hominidés. Ce que contestent bien évidemment les paléoanthropologues et notamment Michel Brunet (Université de Poitiers, CNRS). Ce dernier estime qu'il s'agit de "jeux intellectuels", tandis que Jean-Jacques Jaeger, professeur de paléontologie à l'université de Poitiers, estime que l'hypothèse n'est pas démontrée et la qualifie de "géo-poésie".

En revanche, il est clair, selon lui, qu'"on ne sait pas à quoi ressemblaient ces êtres". "A chaque fois qu'on découvre un fossile nouveau très ancien, poursuit Jean-Jacques Jaeger, on met en évidence des mosaïques de caractères qu'on ne connaît pas." Par exemple, Toumaï, Orrorin et Ardipithecus forment un stade évolutif nouveau incluant la bipédie. Mais dans quel cadre celle-ci est-elle apparue ? "On prend aujourd'hui ce caractère comme une signature de l'hominisation. Mais c'est peut-être un attribut ancestral de quelques singes d'Afrique, que certains d'entre eux ont perdu", explique le scientifique.

Comme le souligne un autre chercheur, Marc Godinot, paléontologue et spécialiste de l'évolution des primates au Muséum national d'histoire naturelle, "une bipédie posturale dans les arbres a pu précéder une bipédie de marche, afin que le bassin puisse s'adapter". Car il fallait bien que les premiers hominidés aient la capacité de bien se déplacer debout avant de s'aventurer sur le sol de la savane.

"On ne pourra pas avancer sur les plus anciens représentants de la lignée humaine tant qu'on n'aura pas des fossiles datés de 10 et 5 millions d'années, soit avant et après le dernier ancêtre commun, avance Pascal Picq, maître de conférences au Collège de France. C'est le seul moyen de connaître l'évolution de différents caractères. La séparation entre les espèces a sans doute été plus récente et plus complexe qu'on ne le pense." Au passage, Pascal Picq égratigne les paléoanthropologues, auxquels il reproche d'avoir "une vision gradualiste de l'évolution humaine. Même si on trouve des fossiles de 8 à 9 millions d'années, je suis sûr qu'on les mettra dans la lignée humaine et non dans celle des grands singes".

Le plus ancien ancêtre commun hominidé-chimpanzé n'est pas le seul sujet de débat actuellement. On s'interroge toujours sur les causes de la disparition de l'homme de Néandertal, une espèce admirablement adaptée à son environnement glaciaire. Son déclin inexorable, il y a 30 000 ans, a-t-il été provoqué par la concurrence avec Homo sapiens, par la maladie, ou par tout autre chose ?

Une troisième interrogation concerne le petit homme découvert, en 2003, sur l'île de Florès en Indonésie. Vieux de 18 000 ans et doté d'une stature de 1 m, il possédait une capacité cérébrale de 380 à 400 cm3, plus proche de celle du chimpanzé ou de l'australopithèque que de celle de Lucy (3,2 millions d'années). En raison de ses caractéristiques, ses découvreurs l'ont classé dans une nouvelle espèce humaine : Homo floresiensis. Et certains paléoanthropologues pensent que ce petit être, issu d'un Homo erectus resté isolé pendant longtemps dans l'île, a vu sa taille diminuer, comme cela est arrivé pour de nombreuses espèces animales.

Mais cette explication est contestée par plusieurs études. La dernière en date, publiée le 21 août dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) et réalisée par une équipe de chercheurs indonésiens, australiens et américains, estime que l'homme de Florès serait en réalité issu d'Homo sapiens pygmées, atteints de plusieurs anomalies, dont la microcéphalie.



Et un article sur le chimpanzé..

Citation :

Le chimpanzé transmet fidèlement son savoir à ses proches
LE MONDE | 29.08.06 | 14h14

Les primatologues en sont persuadés : nos cousins les grands singes possèdent des embryons de "culture" - entendue comme une capacité à transmettre d'une génération à l'autre des innovations. Tel groupe de chimpanzés sait piéger les termites avec une paille, quand tel autre ignore cette technique. Certains orangs-outans usent de baguettes pour extraire les graines de neesia de leur bogue acérée, alors que d'autres se contentent de casser le fruit.


Les exemples de ces comportements spécifiques se sont multipliés au fil des études de terrain. Mais ces observations n'apportent qu'une preuve circonstancielle d'une transmission culturelle. C'est pourquoi des chercheurs de l'université de Saint Andrews (Royaume-Uni) et du centre de primatologie Yerkes d'Atlanta (Etats-Unis) ont imaginé un dispositif reproduisant en captivité le passage, entre plusieurs générations, d'un comportement inédit. Frans de Waal et ses collègues ont utilisé une boîte renfermant de la nourriture, à laquelle on pouvait accéder soit en soulevant une porte, soit en la faisant glisser.

L'expérience consistait à apprendre à un chimpanzé une des deux techniques, puis à le faire observer par un de ses congénères naïf, lequel était ensuite appelé à tester le dispositif et à devenir à son tour modèle pour un troisième individu. Avant qu'un quatrième entre dans la chaîne, et ainsi de suite.

Comme ils l'expliquent dans la revue PNAS du 29 août, les chercheurs ont constaté une grande "fidélité" dans la transmission de l'une ou l'autre technique : le comportement initial pouvait être "canalisé" sur l'équivalent de cinq ou six générations. "Nos résultats montrent que les chimpanzés ont la capacité de maintenir des traditions locales sur plusieurs générations simulées", écrivent-ils. Des résultats équivalents ont été obtenus avec des petits d'homme de trois ans.

Hervé Morin



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