| Sol | | Membre du conseil |  |  |
| Posté le 09-05-2007 à 18:50:33
| Etudier la mythologie celte est une chose difficile pour trois raisons. La première, cest que jusquà une époque assez tardive (la christianisation), les Celtes nont pas écrit de textes sur leur tradition. La deuxième, cest que les observateurs étrangers de lépoque (des Grecs, des Romains, puis des Chrétiens) nont jamais réussi à pénétrer les trésors de cette tradition ancestrale. Certains auteurs ladmiraient sans la comprendre. Dautres, comme les Chrétiens, la méprisaient et la réduisaient à un simple ensemble de superstitions et de pratiques de sorcellerie. La troisième difficulté, cest que les peuples celtes sétendaient sur de grands territoires, nemployant pas toujours la même langue, si bien quune divinité pouvait très bien porter plusieurs noms différents selon le lieu où elle était adorée. Il est fort probable, par exemple, que Bélénos et Bélisama ne fussent quune seule et même entité, la deuxième étant une « variante » plutôt féminine de la première. Cela ne facilite pas la tache de celui qui veut étudier la pensée druidique. Peut-être est-il utile de rappeler quelques notions élémentaires quant à létude des mythologies. Quand un peuple A « absorbe » un peuple B, par exemple par une conquête militaire, les divinités des deux peuples se mélangent et finissent, à la longue, par former une « nouvelle » mythologie, dont les divinités sont empruntées aux deux panthéons. Cest ainsi que lon peut établir des correspondances entre les divinités des différentes religions, comme cest le cas pour les Grecs et les Romains (à Jupiter correspondait Zeus, à Athéna correspondait Minerve, etc), mais aussi pour nimporte quel autre peuple. On peut même affirmer, quitte à offenser certains puristes, quen réalité, toutes les divinités, dans le monde entier et à travers le temps, sont finalement toujours les mêmes. Ce ne sont que leurs noms qui changent
Comme nous lavons expliqué dans larticle sur le polythéisme, les divinités ne sont jamais que des attributs de lEtre suprême. Voilà pourquoi, dailleurs, le polythéisme pur na jamais vraiment existé, si ce nest peut-être dans la Grèce antique
Les Celtes néchappent pas à cette règle, et les divinités celtes sont parfois appelées « Mercure », « Apollon », ou « Jupiter », comme la fait Jules César dans la Guerre des Gaule. Il ne faudrait cependant pas croire que les Celtes utilisaient ces noms-là, du moins pas avant la romanisation. Il est vrai quau dieu celte Lug correspond un dieu romain (peut-être Mercure), ou bien encore quà Bélénos correspond éventuellement Apollon, mais ce serait abusif de dire, comme César, que les Celtes adoraient Mercure et Apollon. Dans cet article, nous utiliserons uniquement les noms donnés par les Celtes à leurs dieux. De même que lon peut rapprocher les divinités celtes avec les divinités romaines, de la même manière, un certain nombre de dieux celtes ont été « récupérés » par les Chrétiens. Par exemple Brigit, la déesse au triple visage, est devenue Sainte Brigitte, qui na bien sûr jamais existé, et dont la vie a été inventée de toutes pièces. Cette assimilation permettait de convertir plus facilement les peuples païens au christianisme, puisque de cette manière, il leur était permis de continuer de rendre un culte à leur dieu
bien que celui-ci ne fût plus un dieu, mais un(une) saint(sainte). Les Tuatha Dé Dannan Les textes fondamentaux des Celtes sont regroupés en trois grands cycles. Le cycle arthurien (des confréries chevaleresques, voir notre article sur le Graal), le cycle dUlster (vie et exploits de héros comme Cuchulainn), et un cycle de récits de visions et de voyages aux îles enchantées. Lun des textes les plus anciens et les plus précis sur la « Genèse » du peuplement irlandais, est la Bataille de Mag Tured. Ce texte est dailleurs confirmé par dautres récits moins complets. On y apprend que le peuplement de lIrlande (mais nous verrons que les conséquences ne concernent pas uniquement lIrlande mais la civilisation celte toute entière) sy est fait à travers cinq vagues successives, ainsi quune vague « préliminaire » qui fut sans suite. Vague préliminaire : Invasion de Cessair, la femme primordiale. Mais cette invasion fut sans suite, et balayée par le déluge. Première invasion : Partholon. Création de lêtre humain. Deuxième invasion : Nemed. Spiritualité, tradition, religion. Troisième invasion : Fir Bolg. Des guerriers. Quatrième invasion : les Tuatha Dé Dannan, les dieux et le druidisme. Cinquième invasion : Epoque actuelle. Ce schémas est extrêmement important dans la pensée celte, et permet den comprendre toute la mythologie. Si lon considère que la première invasion est une introduction, et la cinquième une conclusion, alors on peut considérer que les trois phases intermédiaires correspondent aux trois grandes « classes sociales » de toutes les civilisations indo-européennes, à savoir la classe sacerdotale, la classe guerrière, et la classe des artisans. Une fois que tout ce système est mis en place, alors la cinquième invasion peut commencer, celle de lhumanité actuelle proprement dite. De toutes ces invasions, cest la quatrième qui nous intéresse le plus quand on étudie la mythologie celte. Cest linvasion des Tuatha Dé Dannan, qui ne sont autres que les dieux. Ce sont eux qui durent établir léquilibre entre les deux précédentes catégories (le sacré et la guerre), voila pourquoi leur première tache consiste à affronter leur prédécesseurs dans une terrible bataille. Les Tuatha Dé Dannan constituent le panthéon celte, aussi bien pour les Irlandais que pour les autres peuples, Bretons et Gaulois. Nous allons décrire quelques unes des divinités celtes les plus importantes. Lug : le dieu suprême Après la bataille contre les Fir Bolg, les Tuatha Dé Dannan doivent encore affronter les Fomoré, qui sont des monstres, véritable représentation du Chaos. Le roi Nuada convie tous les chefs à un festin, avec une règle très simple : pour pouvoir participer au festin, il faut maîtriser une discipline quelconque, qui ne soit pas déjà maîtrisée par lun des convives. La jeune Lug se présente, et informe le portier quil est charpentier. Mais le portier réplique : « il y a déjà un charpentier dans la salle ». Alors Lug précise quil est aussi forgeron, mais le portier répond quil y a aussi un forgeron dans la salle. Lug affirme successivement quil est aussi champion, harpiste, héros, poète et historien, sorcier, médecin, échanson et bon artisan, mais à chaque fois, la réponse est négative, car toutes ces disciplines sont déjà maîtrisées par lun ou lautre des convives. Alors Lug dit au portier : « Demande au roi sil a un seul homme qui possède tous ces arts, et sil en a un, je nentrerai pas à Tara ». Le Roi accepte lentrée de Lug, après lavoir soumis toutefois à quelques épreuves, notamment une partie déchecs. On comprend donc que Lug est le multiple-artisan, celui qui est hors catégorie car il maîtrise tous les arts et tous les métiers. En quelque sorte, celui qui a atteint la réalisation ultime
Ceci est dailleurs confirmé par le fait que Lug est, de par ses ancêtre, à la fois un Tuatha (puissances lumineuses) et un Fomoré (puissances ténébreuses). Lug fut lobjet dune très grande vénération pour tous les peuples celtes. Il a donné son nom à Lugudunum, lancien nom de la ville de Lyon, lieu sacré pour les Gaulois.
Diancecht : le dieu médecin Diancecht, qui fait lui aussi partie de létat major des Tuatha Dé Dannan, est le médecin. Quand Lug lui demande sa spécialité, il répond : « Tout homme qui sera blessé, à moins quon ne lui ait coupé la tête, ou à moins quon ait entamé la membrane de sa cervelle ou la moelle épinière, il sera complètement guerri par moi pour le combat du lendemain matin. » Cest dailleurs pour cette raison que les Celtes, sur les champs de bataille, coupaient la tête des ennemis vaincus. Le mythe nous apprend que Miach, le fils de Diancecht, était encore plus habile médecin
ce qui lui valut dêtre tué par son propre père jaloux. Les divinités solaires Dans presque toutes les civilisations indo-européennes, on retrouve une ou plusieurs divinités solaires, telles quApollon chez les Grecs. Chez les Celtes, cet attribut est celui de plusieurs divinités plus ou moins équivalentes : Grannus, Bélénos, Belisama (divinité féminine).
Sirona et Grannus Les divinités guerrières On a trouvé beaucoup de noms différents pour désigner les dieux guerriers. Retenons tout particulièrement Toutatis (ou Teutatès), nom qui signifie « père de la tribu », et par extension « défenseur de la tribu ». Son rôle était bien sûr de pousser à la victoire en période de guerre, mais aussi de protéger la paix. Il serait donc injuste de lassimiler à une divinité sanguinaire uniquement tournée vers la conquête militaire. Mais une autre divinité très importante est à signaler : Ogmios. Cest un peu léquivalent du Hérakles des Grecs (cest-à-dire le Hercule des Romains), bien quil soit différemment perçu par les Celtes. En plus de posséder une force hors du commun, qui fait de lui un combattant presque invincible, il est aussi considéré comme le maître absolu de léloquence. On peut se demander quel rapport il y a entre léloquence, cest-à-dire lart de bien parler, et la guerre. Pour les Celtes, la parole, et plus généralement la voix, était pourtant liée au combat : ceux-ci poussaient des clameurs immenses et terribles avant de passer à lattaque, ce qui effrayait beaucoup leurs ennemis. Enfin, Ogmios passe pour être linventeur de lécriture ogamique.
Toutatis
Ogmios Le Père des dieux Comme dans la plupart des panthéons, tous les dieux sont issus dun père. Chez les Celtes, celui-ci est le Dagda, terme qui signifie littéralement « bon Dieu ». Lors des préparatifs de la seconde bataille de Mag Tured, tous les autres dieux lui disent : « Cest toi le très divin ». Le Dagda est supérieur aux autres, sans toutefois atteindre la plénitude de Lug. Ce Dagda est cependant un personnage à la limite du burlesque, car sa nature semble très instinctive, très matérielle : il mange énormément et fait beaucoup lamour. Ce qui lui vaut dêtre souvent lobjet de vilaines farces et moqueries. On retrouvera ce personnage dans les traits du Gargantua de Rabelais. Rappelons au passage que Rabelais indique que les parents de Gargantua (Grandgousier et Gargamelle) ont été créés par Merlin lenchanteur. Il faut aussi signaler que le Dagda est souvent surnommé Eochaid Ollathir, « père de tous ». La Déesse aux trois visages Enfin, une divinité particulièrement importante semble être une déesse aux trois visages. On ignore son nom gaulois (peut-être Belisama), mais en Irlande il ny a aucun doute : il sagit de Brigit. Ses trois visages correspondent aux trois fonctions (aux trois classes, si on préfère) de toute civilisation indo-européenne : sacerdotale, guerrière et artisanale. Elle fut assimilée par les Chrétiens sous le nom de Sainte Brigitte. Correspondances avec les divinités romaines Jules César, dans la guerre des Gaule, écrit à propos des Celtes : « Le dieu quils honorent le plus est Mercure : ses statues sont les plus nombreuses, ils le considèrent comme linventeur de tous les arts, il est pour eux le dieu qui indique la route à suivre, qui guide le voyageur, il est celui qui est le plus capable de faire gagner de largent et protéger le commerce. Après lui, ils adorent Apollon, Mars, Jupiter et Minerve. Ils se font de ces dieux à peu près la même idée que les autres peuples : Apollon guérit les maladies, Minerve enseigne les principes des ouvrages et des techniques, Jupiter est le maître des dieux, Mars préside aux guerres. » Ce passage est imprécis, pour ne pas dire assez grossier
il est évident quici, Jules César na strictement rien compris aux véritables attributs des divinités, puisquils les réduit à de simples superstitions. Il nempêche que ce témoignage (qui ne concerne finalement que la Gaule du première siècle, cest-à-dire une portion très limitée dans lespace et dans le temps de la civilisation celte) nous permet dessayer détablir quelques correspondances entre les divinités romaines et les divinités celtes : Mercure -> Lug Apollon -> Diancecht, Grannus, Belenos, Belisama Mars -> Toutatis, Ogmios Jupiter -> Le Dagda (Eochaid Ollathir) Minerve -> Brigit
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